Ecrire et lire

Atelier Autobiographique

Le Public

Tout public

Sur Sète :
Chaque vendredi de 14h30 à 16h30 à la Médiathèque André Malraux - île de Thau.

Accéder aux textes produits dans les ateliers de Concerthau

L’objectif

Cet atelier en partenariat avec la médiathèque André Malraux est construit sur des propositions qui obligent l'écrivant à aller chercher au fond de soi, au cœur même de ses tripes, la matière de son texte.

Mais au-delà des récits personnels, on travaille sur le thème de l'autofiction - terme créé par Serge Doubrovsky - qui tend une passerelle entre l'autobiographie et la fiction.

Où est le vrai ? Où est le faux ?
A chacun ses secrets.
Ainsi ce flou entre la réalité et l'imaginaire constitue-t-il une distanciation, une protection qui facilite le partage, la mise en commun.

 

Ma Grand-mère

En Kabylie, à 100 kilomètres d'Alger…
Petite et brune, ma grand-mère était très belle. Son visage dégageait la gentillesse et la joie de vivre.
Elle avait eu deux enfants, un garçon et une fille qui devint ma mère.
Le tétanos emporta mon grand-père à l'âge de 50 ans. Il était forgeron.
Pour élever ses enfants, elle créa un commerce, une épicerie de village qui existe encore de nos jours, tenue par mes neveux.
Elle allait arracher les cacahuètes chez les paysans et les grillait elle-même dans un gros plat en terre, posé sur un trépied.
Depuis 4 h du matin, elle était debout, dans ses champs, à cueillir les oranges et les grenades qu'elle proposait à ses clients.
Elle n'écoutait pas son corps qui pourtant la rappelait sans cesse à l'ordre : l'arthrose lui voûtait le dos.
Elle a ainsi élevé trois familles d'orphelins dont la mienne, puisque mon père était mort jeune d'une attaque cérébrale, j'avais alors 11ans. Elle n'était pas riche mais nous n'avons jamais manqué de rien.
Nadine - 60 ans

 

Noël en Angleterre

L'attente d'une bonne surprise et le temps qui s'allonge indéfiniment, le jour de Noël est toujours trop loin pour les enfants. L'arbre de Noël installé à l'intérieur, les lampes, les guirlandes, une centaine de cartes de vœux suspendues, des décorations partout… mais toujours pas de cadeaux.
Finalement, la veille de Noël, et avec une excitation qui fait mal à l'estomac, impossible de dormir. Mais au mieux, on dort légèrement. Les chaussettes vides au pied du lit mises dans l'espoir d'avoir quelques bonnes surprises. Dans le lit on attend l'aube, chaque fois qu'on se réveille, on donne un petit coup de pied pour sentir si papa Noël est passé...
Est-ce qu'on peut percevoir la différence entre les chaussettes vides ou remplies ? Surtout ne pas ouvrir les yeux ! Eventuellement la nuit la plus longue est finie…
"Réveille-toi". La voix de mon frère. "Il est passé papa Noël !"
Une chaussette pleine de petits cadeaux et toujours une mandarine, des noisettes, des bonbons !
Maintenant, le bonheur ! Le seul jour où l'on peut rentrer dans la chambre des parents le matin, et les trouver, tous les deux, avec de gros sourires : notre joie est contagieuse.
Nous descendons les escaliers pour trouver encore des cadeaux autour de l'arbre de Noël, toutes les couleurs du papier-cadeaux excitent les yeux. Envie de les toucher, mais, chez nous, dans notre maison, il est interdit de les ouvrir le matin, il faut attendre d' avoir mangé à midi.
Allez, tout le monde sur le pont ! Préparer : les légumes, la dinde, la farce. Eplucher des pommes de terre, faire le feu dans la cheminée avec du charbon, qui va débarrasser toute la gelée blanche sur l'intérieur des vitres.
En famille, pendant le repas, pour rigoler, on fait péter les diablotins, on s'amuse, on mange le Christmas pudding, les "mince pies" et, enfin, les cadeaux ! Mon frère, l'aîné, cherche sous l'arbre et maintenant ce sont les surprises, la joie et l'après-midi entier pour jouer.
Le lendemain, chez nous, c'est un jour férié, "Boxing Day" et encore des cadeaux, des invités de la famille, les cousins, les cousines, les tantes et les oncles. Et toujours, les restes de la dinde pour manger !
Fish

 

Le vieux chausson

Ce chausson de laine, tricoté au crochet, avec des fils de laine de couleur fuchsia, bleu marine et gris, a une pointure indéfinie. A cause de sa longueur, il m'a servi de nombreux hivers, du temps où je grandissais des orteils ou des talons.
Tricoté par ma tante Louise, qui se disait experte en tricot, ce chausson a une histoire que je vais vous conter.
Pendant longtemps, ces chaussons furent deux, deux comme mes pieds !
Au saut du lit, chaque matin, je pouvais les enfiler les yeux fermés puisqu'ils étaient interchangeables. Le premier pouvant passer avant et l'autre le suivre sans problèmes. Car ma tante les avait tricotés sans soucis du gauche ou du droit ! L'essentiel étant qu'ils me réchauffassent les pieds !
A quelle date mes deux chaussons se sont-ils séparés ? Quel jour l'un des deux est-il passé par la fenêtre ? Vers quel ciel s'est-il envolé de dessus la corde à linge où il séchait ? J'ai perdu la mémoire depuis. Je crois plutôt que je le perdis lors d'un de mes déménagements !
Il faut que je vous dise que mes chaussons étaient de sacrés farceurs ! Il y en avait toujours un qui disparaissait pendant de longues heures.
Où est le gauche ? Où est le droit ? criait ma mère, énervée. Cherche ! me disait-elle ! Longtemps après je n'en ai retrouvé qu'un que j'ai gardé précieusement avec quelques reliques.
Je ne vais pas, quand même, me faire couper une jambe pour qu'il reprenne du service ! Ou culpabiliser pour la bonne raison que je n'ai jamais retrouvé son double !
Pour me faire pardonner, je vais l'accrocher au sapin, le jour de Noël et je le remplirai de chocolats !
Mon chausson miteux, au milieu des lumières et moi vieillie, les cheveux blancs, au pied du sapin lumineux, entourés de pantoufles, baskets et autres, de toute ma maisonnée, grandissante ! Quel délire !
Claudette